« 8 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 133-134], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5486, page consultée le 02 mai 2026.
8 septembre [1844], dimanche après-midi, 4 h. ½
Je t’ai vu, mon cher bien-aimé, mais, si peu, que, loin de me faire du bien, cela
ne
fait qu’irriter davantage le désir que j’ai de te revoir. Pauvre ange adoré, tu
travailles, je le sais bien. Je ne t’en veux donc pas de n’avoir pas pu me donner
plus
de temps. Seulement, je te regrette et je te supplie de venir dès que tu le pourras.
Je suis bien contente, et Claire
aussi, que Dédé ait trouvé sa petite bourse
de son goût. Cette chère petite bien-aimée ne se doute pas qu’il y a dans un coin
du
monde deux femmes qui l’aiment bien tendrement et qui prienta le bon Dieu tous les jours pour elle et
pour tous les siens. Embrasse-la pour nous deux tous les jours, mon cher adoré, je
te
rendrai autant de millions de baisers pour un seul que tu lui auras donné que tu
voudras.
La mère Lanvin n’est pas
venueb chercher Claire et en vérité
je ne vois pas trop à quoi servent ces consultations. Je crois que cette
homéopathiec est de la
niaiserie distillée. Pour mon compte, je n’en fais aucun cas, et si Claire était
sérieusement malade, je ne me contenterais pas de cette médecine. C’est donc par égard
pour les préjugés du père et de la fille que je consens à ces allées et venues.
Je te dirai, mon cher petit Toto, que ce temps lourd me rend toute blaireuse. Heureusement que voici la pluie et
j’espère qu’elle me rafraîchirad et me détendra. Prends garde, seulement, de la recevoir
sur ta chère petite bosse. Je prends la précaution contraire avec Cocotte car je viens de la mettre dans sa cage à la
fenêtre pour lui faire prendre un bain. Pauvre petite bête, ça n’a pas l’air de la
régaler beaucoup. Mais, enfin, puisqu’on dit que cela lui fait du bien, je l’y laisse.
Jour Toto, jour mon cher petit o, jour Toto. Je serai bien heureuse le jour où vous viendrez nous chercher pour
cette fameuse promenade1. Tâchez que ce soit bientôt mon Victor chéri, cela nous rendra si
heureusese.
Juliette
1 Victor Hugo a promis à Juliette qu’ils iraient se promener à Villeneuve-Saint-Georges pendant les vacances de Claire.
a « prie ».
b « venu ».
c « oméopathie ».
d « raffraîchira ».
e « heureuse ».
« 8 septembre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 135-136], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5486, page consultée le 02 mai 2026.
8 septembre [1844], dimanche soir, 5 h. ½
J’ai presque reçu toute la pluie sur la tête, mon cher petit bien-aimé. Il me
semblait, au fur et à mesure qu’elle tombait, qu’on me desserrait la tête et le cœur.
À présent je suis on ne peut pasa mieux et si j’étais sûre de te voir tout de suite et de passer toute la
soirée avec toi, je pousserais mon cri de guerre : — quel bonheur ! Mais, hélas !
j’ai
la presque certitude du contraire, ce qui renfonce ma gaieté jusqu’au fin fond de
mon
cœur. Vois-tu, mon Toto adoré, il m’est impossible d’être heureuse sans toi. Plus
je
vais et plus je sens combien c’est vrai. Toutes les richesses et toutes les joies
du
monde ne sont rien si tu ne les partagesb pas. Pense à moi, mon cher bien-aimé, aime-moi et viens le plus
vite possible, je t’en prie.
Je ne t’ai pas encore écrit sur ton beau papier parce que j’avais à m’acquitter d’un gribouillis
monstre d’hier et d’un non moins monstre aujourd’hui. Mais, demain, je m’étalerai
sur
le veloursc de coton de votre bienfaisance1. Dieu de Dieu, quelle phrase,
j’en suis émerveillée moi-même. Fichtre, si je me mets à avoir de l’esprit comme ça
à
présent, ce sera gentil. J’aime mieux être bête tout bonnement. Je trouve que cela
me
va mieux.
Nous avons voulu, tout à l’heure, faire goûter à Suzanne de cette cassonaded perfectionnée pour voir ce qu’elle
en dirait mais elle s’y est obstinément refusée sous prétexte qu’on voulait l’empoisonner. Cette confiance m’honore comme tu vois. Au reste,
nous y avons goûté Claire et moi à chesse, c’est très bon vraiment et je regrette de n’en avoir pas un tonneau pour ma
consommation particulière. J’y ferais honneur. Dites-donc, vous, je voudrais bien
vous
baisez avant le dîner, est-ce que vous ne viendrez pas ? J’en serais bien vexée et
bien triste.
Juliette
1 S’agit-il d’une allusion ? D’une citation ?
a « peut » est omis.
b « partage ».
c « velour ».
d « cassonnade ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
